Historia Inmediata
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Memoria |
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[Nota: Antoon Baets, coordinador de la red amiga "Network
of Concerned Historians", nos recuerda el acuerdo
adoptado el 17 de marzo de 2006 por el Consejo de
Europa condenando al régimen de Franco que difundimos
como contribución al debate actual sobre un
proyecto de ley del Gobierno que las asociaciones
de la memoria histórica, Amnistía Internacional han
criticado unánimemente por sus graves carencias.
C.B.]
+++++
L'Assemblée condamne fermement les violations des
droits de l'homme commises par le régime de Franco
[17/03/2006] L'Assemblée parlementaire condamne
avec fermeté les multiples et graves violations
des droits de l’homme commises en Espagne par le
régime franquiste de 1939 à 1975. Dans une
recommandation adoptée à l’unanimité, la
Commission permanente - qui agit au nom de l’Assemblée
entre les sessions plénières - a demandé au Comité
des Ministres du Conseil de l’Europe d’adopter une
condamnation similaire au niveau international, et de
déclarer le 18 juillet 2006 comme journée
officielle de condamnation du régime de Franco. Le
rapport, de Leo Brincat (Malte, SOC), énumère les
exécutions, les tortures et l’emprisonnement
d’opposants politiques parmi les exactions
commises par le régime
Nécessité de condamner le franquisme au niveau
international
Version provisoire
Recommandation
Adopté par la Commission permanente, le 17 mars
2006
1. L'Assemblée parlementaire condamne avec fermeté
les multiples et graves violations des droits de
l'homme commises en Espagne par le régime
franquiste de 1939 à 1975.
2. En Espagne, le débat public engagé dans les
années 80, et qui s’est intensifié du fait de
l’administration actuelle, est toujours en cours pour
établir un inventaire complet des crimes de la dictature
de Franco.
3. Depuis le début des années 80, des initiatives
visant à retirer des lieux publics les symboles de
la dictature, comme les statues, à renommer les
rues et les collèges portant les noms de Franco et de
ses généraux, ont été couronnées de succès.
4. L'Assemblée espère que le débat en cours
actuellement en Espagne débouchera sur un examen
et une évaluation complète et approfondie des
actions et des crimes du régime franquiste. L’Assemblée
attend, en particulier, les résultats du travail
de la Commission interministérielle sur l’examen
de la situation des victimes de la guerre civile et du
régime franquiste, établie en octobre 2004.
5. En même temps, l'Assemblée souligne que la
violation de droits de l'homme n'est pas une
affaire interne qui ne concerne qu'un pays seul et
que, par conséquent, la communauté internationale est
tout aussi concernée que les Espagnols eux-mêmes.
6. La conscience de l'histoire est une des
conditions préalables pour éviter de répéter les
erreurs du passé. En outre, l'évaluation morale et la
condamnation des crimes commis joue un rôle important
dans l'éducation des jeunes générations.
7. L'Assemblée souligne que le Conseil de l'Europe
est bien placé pour
engager un débat sérieux sur ce sujet. Conformément aux
principes
fondamentaux qu'il défend, il doit condamner au niveau
international les
crimes et violations des droits de l'homme commis sous
le régime franquiste.
8. Par conséquent, l'Assemblée demande au Comité
des Ministres:
8.1. d'adopter une déclaration officielle
condamnant le régime franquiste au niveau
international et de déclarer le 18 juillet 2006 comme
journée officielle de condamnation du régime de Franco
puisqu’il marquera le 70ème anniversaire du début
de la guerre civile en Espagne et du renversement
du Gouvernement par Franco. ;
8.2. d'inviter instamment le Gouvernement
espagnol à :
8.2.1. mettre sur pied une commission nationale
d'enquête sur les violations des droits de l'homme
commises sous le régime franquiste, qui présentera
son rapport au Conseil de l'Europe ;
8.2.2. continuer de mettre à la disposition de
tous les historiens et chercheurs l'ensemble des
archives civiles et militaires pouvant contenir
des documents permettant d'établir la vérité sur la
répression ;
8.2.3. mettre en place une exposition permanente dans la basilique souterraine de la Valle de los Caidos dans la banlieue de Madrid où le général Franco est enterré expliquant comment elle a été construite par des prisonniers républicains ;
8.2.4. encourager les autorités locales à ériger
des monuments à la mémoire des victimes du régime
franquiste dans la capitale espagnole et d'autres
grandes villes du pays.
--------------------------------------------------------------------------------
Pour débat à la Commission permanente Voir article 15
du Règlement
Doc. 10737
4 novembre 2005
Nécessité de condamner le franquisme au niveau
international
Rapport
Commission des questions politiques
Rapporteur : M. Brincat, Malte, Groupe socialiste
--------------------------------------------------------------------------------
Résumé
En Espagne, un débat public est toujours en cours sur
les crimes commis sous la dictature de Franco et
l’inventaire complet des violations des droits de
l’homme relatives à cette époque n’est pas encore achevé.
Tout en recommandant un certain nombre de mesures visant
à accélérer le processus, l’Assemblée parlementaire
souligne que la violation des droits de l’homme n’est
pas une affaire interne qui ne concerne qu’un pays seul
et que le Conseil de l’Europe est bien placé pour
engager un débat sérieux sur ce sujet au niveau
international. En outre, l’Assemblée demande au Conseil
des Ministres d’adopter une déclaration officielle
condamnant le régime franquiste au niveau international
et de déclarer le 18 juillet 2006 comme journée
officielle de condamnation du régime de Franco.
I. Projet de recommandation
1. L'Assemblée parlementaire condamne avec fermeté les
multiples et graves violations des droits de l'homme
commises en Espagne par le régime franquiste de 1939 à
1975.
2. En Espagne, le débat public engagé dans les années
80, et qui s’est intensifié du fait de l’administration
actuelle, est toujours en cours pour établir un
inventaire complet des crimes de la dictature de Franco.
3. Depuis le début des années 80, des initiatives visant
à retirer des lieux publics les symboles de la dictature,
comme les statues, à renommer les rues et les collèges
portant les noms de Franco et de ses généraux, ont été
couronnées de succès.
4. L'Assemblée espère que le débat en cours actuellement
en Espagne débouchera sur un examen et une évaluation
complète et approfondie des actions et des crimes du
régime franquiste. L’Assemblée attend, en particulier,
les résultats du travail de la Commission
interministérielle sur l’examen de la situation des
victimes de la guerre civile et du régime franquiste,
établie en octobre 2004.
5. En même temps, l'Assemblée souligne que la violation
de droits de l'homme n'est pas une affaire interne qui
ne concerne qu'un pays seul et que, par conséquent, la
communauté internationale est tout aussi concernée que
les Espagnols eux-mêmes.
6. La conscience de l'histoire est une des conditions
préalables pour éviter de répéter les erreurs du passé.
En outre, l'évaluation morale et la condamnation des
crimes commis joue un rôle important dans l'éducation
des jeunes générations.
7. L'Assemblée souligne que le Conseil de l'Europe est
bien placé pour engager un débat sérieux sur ce sujet.
Conformément aux principes fondamentaux qu'il défend, il
doit condamner au niveau international les crimes et
violations des droits de l'homme commis sous le régime
franquiste.
8. Par conséquent, l'Assemblée demande au Comité des
Ministres:
8.1. d'adopter une déclaration officielle
condamnant le régime franquiste au niveau international
et de déclarer le 18 juillet 2006 comme journée
officielle de condamnation du régime de Franco puisqu’il
marquera le 70ème anniversaire du début de la guerre
civile en Espagne et du renversement du Gouvernement par
Franco. ;
8.2. d'inviter instamment le Gouvernement espagnol
à :
8.2.1. mettre sur pied une commission nationale
d'enquête sur les violations des droits de l'homme
commises sous le régime franquiste, qui présentera son
rapport au Conseil de l'Europe ;
8.2.2. continuer de mettre à la disposition de tous les
historiens et chercheurs l'ensemble des archives civiles
et militaires pouvant contenir des documents permettant
d'établir la vérité sur la répression ;
8.2.3. mettre en place une exposition permanente dans la
basilique souterraine de la Valle de los Caidos dans la
banlieue de Madrid où le général Franco est enterré
expliquant comment elle a été construite par des
prisonniers républicains ;
8.2.4. encourager les autorités locales à ériger des
monuments à la mémoire des victimes du régime franquiste
dans la capitale espagnole et d'autres grandes villes du
pays.
II. Exposé des motifs, par M. Brincat
1. INTRODUCTION
1. Le 3 novembre 2004, le parlement espagnol a approuvé
une motion demandant que soient retirés des lieux
publics les centaines de symboles de la dictature
franquiste présents dans tout le pays, notamment les
statues, et que soient rebaptisés les rues, voies de
circulation et établissements d’enseignement portant le
nom de Franco ou de ses généraux.
2. Quatre mois plus tard, au milieu de la nuit et sous
prétexte de travaux de voirie, une statue de Franco a
été retirée de l’une des grandes places de Madrid. Bien
que cette opération ait été organisée en secret, une
centaine environ de partisans de Franco ont tenté
d’empêcher l’enlèvement de la statue. Cet incident
illustre bien les controverses que suscite l’évaluation
de l’histoire récente de l’Espagne.
3. La question du franquisme, a seulement récemment fait
l’objet d’une discussion publique sérieuse et
approfondie en Espagne. Les demandes publiques se
multiplient en faveur d’un examen et d’un bilan
détaillés des actes de la dictature et, en particulier,
de ses crimes. Les appels à l’ouverture des fosses
communes où sont enterrées les victimes des escadrons de
la mort franquistes sont des éléments nouveaux d’un
débat public.
4. Le gouvernement de M. Zapatero a pris certaines
mesures notamment pour indemniser les victimes du régime
franquiste. En octobre 2004 une Commission
interministérielle sur l’examen de la situation des
victimes de la guerre civile et du régime franquiste a
été établie. C’est un bon point de départ pour un examen
et un bilan sérieux des crimes du régime franquiste.
5. La communauté internationale est tout aussi concernée
par ce problème que l’Espagne. La protection des droits
de l’homme constitue l’une des valeurs universelles
fondamentales. La violation des droits de l’homme ne
peut être considérée uniquement comme une question
intérieure à un pays. La connaissance de l’histoire est
nécessaire pour empêcher la répétition de certaines
erreurs. L’évaluation morale et la condamnation des
crimes qui ont été commis jouent, en outre, un rôle
important dans l’éducation des jeunes générations. Le
Conseil de l’Europe est bien placé pour accueillir une
discussion sérieuse de cette question au niveau
international.
6. Le présent document a principalement pour but
d’analyser le bilan pour le moins troublant du
franquisme en matière de droits de l’homme et d’initier
au niveau international un processus de condamnation des
crimes commis en son nom.
7. Le Rapporteur souhaite exprimer sa reconnaissance aux
historiens et chercheurs éminents que sont Mme Helen
Graham (Département d’histoire espagnole contemporaine,
Royal Holloway University, Londres), M. Paul Preston,
biographe de Franco, et M. David Wingeate Pike, auteur
de Spaniards in German Camps, pour leur aide et leur
coopération lors de la préparation de ce rapport.
2. RAPPEL HISTORIQUE
8. Francisco Franco Bahamonde, plus connu sous le nom de
Generalisimo Francisco Franco (1892-1975), est le chef
militaire espagnol qui a accédé au pouvoir au cours de
la guerre civile (1936-39) et a ensuite gouverné
l’Espagne de manière dictatoriale pendant près de
quarante ans, de 1939 à 1975.
9. Pendant les premières décennies du 20ème siècle,
l’Espagne a traversé une série de graves crises
économiques, politiques et sociales. Le développement de
mouvements en faveur de l’autonomie régionale au pays
basque et en Catalogne affaiblissait gravement
l’autorité du gouvernement central à Madrid. Les
troubles sociaux et les grèves liés à la pauvreté, aux
mauvaises conditions de travail et à un système
économique dépassé étaient fréquents, tant dans les
villes que dans les régions rurales du pays.
10. Le refus du régime de monarchie constitutionnelle,
avec à sa tête le roi Alfonso XIII, d’engager des
réformes politiques et sociales a précipité sa chute en
1931 et conduit à la création de la Deuxième République.
11. La formation du premier gouvernement de coalition de
la République, composé de partis de gauche, a enragé les
conservateurs, dont Franco qui était alors le plus jeune
général d’Europe depuis sa nomination en 1926, à l’âge
de 34 ans. Peu après leur accession au pouvoir, les
républicains ont lancé un programme ambitieux de
réorganisation de l’armée espagnole qui a rencontré
l’hostilité de nombreux officiers. Dès 1931, un groupe
d’officiers a commencé à comploter en vue de renverser
la République.
12. L’incapacité de la République à satisfaire une
grande partie des attentes que sa création avait
suscitées au sein de la population et la division des
partis de gauche ont permis l’accession au pouvoir en
1933 d’un gouvernement autoritaire de droite. Les
tensions sociales irrésolues se sont manifestées en 1934
par un soulèvement de mineurs dans les Asturies, qui a
été écrasé par les troupes commandées par Franco,
assurant ainsi sa promotion au poste le plus élevé de
l’armée, celui de chef d’état-major.
13. Lors des élections du printemps 1936, les partis
républicains et de gauche ont formé une coalition, le
Front populaire. Ces élections, qui se sont déroulées
dans un climat tendu, ont été emportées à une faible
majorité par ces partis. Le gouvernement issu de ces
élections a souvent été présenté comme un gouvernement
de gauche mais il était entièrement composé d’hommes
politiques républicains libéraux et ne comprenait aucun
ministre socialiste ou communiste.
14. A la veille de la guerre civile, le pays était
plongé dans le chaos : les grèves étaient fréquentes, la
violence endémique et la situation en voie de
radicalisation. Selon les sources officielles, pendant
cette période, 330 personnes ont été assassinées et
1.511 blessées dans des violences à caractère politique.
On compte aussi à la même époque 213 tentatives
d’assassinat, 113 grèves et la destruction de 160
édifices religieux.
15. Bien qu’ayant refusé pendant un certain temps de
comploter contre le gouvernement, à l’été 1936, Franco
s’est ensuite rapproché d’un groupe d’officiers de
droite de plus en plus impatients de renverser le
gouvernement. Il s’est rallié à l’insurrection militaire
peu avant son déclenchement, une fois convaincu de ses
chances de succès, et y a joué dès le début un rôle
déterminant.
16. Le coup d’état qui a éclaté en juillet 1936 a échoué
dans un grand nombre de grandes villes et la situation
s’est rapidement détériorée, conduisant à la guerre
civile.
17. L’Espagne était divisée en deux camps hostiles. D’un
côté se trouvaient divers groupes anti-républicains
civils et militaires, auxquels s’est attaché rapidement
le nom de « nationalistes » et qui comprenaient les
fascistes des Phalanges, les monarchistes, les
nationalistes et la plupart des conservateurs. Les
organisations nationalistes étaient unies dans l’idée
que les politiques de la Deuxième République mettaient
en danger la société espagnole traditionnelle qu’ils
défendaient. Ils étaient convaincus également que
l’armée devait prendre la tête du mouvement pour
renverser la République et la remplacer par un
gouvernement autoritaire fort.
18. De l’autre côté se trouvait le camp républicain
composé à la fois de loyaux défenseurs de la République
et de révolutionnaires de gauche. Malgré les différences
qui les opposaient sous bien des aspects aux autres
organisations républicaines, les révolutionnaires
soutenaient ces dernières dans la lutte contre
l’insurrection.
19. L’armée nationaliste était soutenue par des troupes
venues de l’Allemagne nazie (légion Condor) et de
l’Italie fasciste (Corpo truppe volontarie). Le Portugal
de Salazar a aussi soutenu ouvertement les nationalistes
dès le début. Les républicains, quant à eux, étaient
soutenus par les Brigades internationales qui
regroupaient des volontaires de nombreux pays organisés
et dirigés par le Komintern.
20. A la fin septembre 1936, une junte militaire
provisoire a nommé Franco Generalisimo (commandant en
chef) de l’armée nationaliste. Franco a aussi été
désigné comme el Caudillo, c’est-à-dire le nouveau chef
de l’Etat espagnol. Franco est ainsi devenu non
seulement le chef de la structure de commandement de
l’armée mais aussi le dirigeant suprême de l’Espagne
nationaliste.
21. Le 1er avril 1939, peu après la conquête de Madrid,
Franco a formellement déclaré la victoire des forces
nationalistes, bien que la résistance au nouveau régime
se soit poursuivie sous forme de guérilla jusqu’à la fin
des années 40.
22. On estime à un demi million le nombre de personnes
tuées au cours du conflit. Entre 250.000 et 500.000
républicains ont en outre quitté le pays pour chercher
refuge à l’étranger. L’économie de l’Espagne a été
ruinée et son infrastructure complètement détruite.
3. TRAITS ESSENTIELS DE LA DICTATURE DE FRANCO
23. Dès le début de la guerre civile, Franco s’est
engagé dans la construction d’un nouveau type d’Etat
autoritaire qu’il prévoyait de gouverner à l’issue de la
guerre. Ce système a ensuite été appelé Nuevo Estado (Etat
nouveau). L’organisation politique, économique et
sociale du régime franquiste reposait sur des idées
fascistes et corporatistes.
24. Le fascisme exigeait une loyauté inconditionnelle à
l’égard de l’Etat et, en particulier, à l’égard de
Franco en tant que chef de l’Espagne. Le corporatisme
cherchait à établir une collaboration étroite entre
employeurs et travailleurs sous la direction de l’Etat.
La politique corporatiste visait à assurer la régulation
de l’économie en contrôlant les conditions de travail,
les salaires, les prix, la production et les échanges
commerciaux.
25. Le décret d’unification de 1937 a été l’une des
premières mesures adoptées en vue de l’établissement du
Nuevo Estado. Ce décret donnait à Franco toute autorité
pour supprimer les partis politiques de droite et
regrouper l’ensemble des nationalistes au sein d’un
parti unique placé sous son contrôle, le parti
phalangiste (Falange Espanola Tradicionalista de las
JONS, FET).
26. L’étape suivante a été le regroupement forcé de tous
les syndicats alliés aux nationalistes au sein d’une
grande organisation, l’Organizacion Sindical Espanola
(OSE), qui était complètement inféodée au parti
phalangiste. La politique corporatiste devait permettre,
selon Franco, de jeter les bases du développement de
relations harmonieuses entre employeurs et salariés.
27. Franco a donné une assise juridique à son
gouvernement en engageant un processus constitutionnel
et en faisant adopter une série de « lois organiques de
l’Etat » entre 1938 et 1967. Ces lois ont précisé peu à
peu les pouvoirs de Franco et lui ont permis de
contrôler tous les aspects de la vie politique,
économique et sociale en Espagne. Franco a résisté à
toutes les demandes de démocratisation en s’abritant
derrière une série de lois pseudo constitutionnelles
grâce auxquelles il prétendait diriger un Etat
constitutionnel d’un type entièrement nouveau.
28. De toutes les « lois organiques », la loi de
succession de 1947 est celle qui a eu les conséquences
les plus importantes pour l’avenir du système franquiste.
Cette loi définissait formellement l’Etat espagnol comme
un Etat monarchique. Son but n’était pas de faire
revivre la monarchie libérale constitutionnelle en place
avant 1931 mais d’instituer un nouvel Etat monarchique
que Franco dirigerait jusqu’à sa mort ou jusqu’à son
incapacité. La loi reconnaissait aussi à Franco le droit
de désigner son successeur.
29. Les libertés et les droits fondamentaux des citoyens
comme la liberté d’expression ou le droit d’association
étaient totalement réprimés. Toute critique du régime
était considérée comme un crime ; les partis politiques
étaient interdits et le suffrage universel aboli. Le
parti phalangiste était la seule organisation politique
reconnue comme légale dans le pays et le parlement était
réduit à un rôle de façade.
30. Les artistes et les intellectuels étaient forcés de
s’exiler ou contraints au silence par la censure.
L’influence de l’idéologie officielle était perceptible
dans les programmes éducatifs y compris dans les manuels
scolaires. Sous la dictature, l’influence du régime de
Franco sur le contenu des programmes et des livres
scolaires était très forte et faisait partie d’un
programme intensif de lavage de cerveau.Les syndicats
républicains ont été dissous et leurs fonds et biens
confisqués. Les personnes qui avaient soutenu le Front
populaire étaient interdites de toute participation à la
vie publique.
31. Franco a engagé une politique de répression à
l’égard de tout individu susceptible selon lui de
constituer une menace pour le nouveau régime. Des
milliers de républicains ont été exécutés sommairement
ou envoyés en prison et d’innombrables autres ont été
soumis à diverses formes de sanctions politiques ou
économiques.
32. Le soutien actif apporté au régime par
l’Eglise catholique romaine a contribué à asseoir la
légitimité du Nuevo Estado aux yeux de nombreux
Espagnols.
33. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale
en septembre 1939, Franco s’est trouvé placé devant de
nouveaux enjeux. Le plus pressant d’entre eux était la
question de savoir si l’Espagne devait entrer dans le
conflit au côté des puissances de l’Axe, l’Allemagne,
l’Italie et le Japon. Ouvertement favorable aux
principes fascistes, Franco était en outre conscient de
l’énorme dette de son régime à l’égard de l’Italie de
Mussolini et de l’Allemagne de Hitler en raison de
l’aide financière et militaire que ces pays avaient
apportée aux nationalistes tout au long de la guerre
civile. Franco, cependant, conscient également de la
situation précaire de son régime, décida d’adopter une
politique de neutralité.
34. En juin 1940, Franco avait annoncé son intention de
se rapprocher des puissances de l’Axe. Franco a maintenu
des relations amicales avec Hitler et Mussolini, bien
qu’Hitler ait jugé excessives les conditions posées par
Franco pour sa participation à la guerre, conditions qui
incluaient à la fois la satisfaction de certaines
exigences en matière de sécurité et l’acquisition de
territoires coloniaux dans les zones sous contrôle
français en Afrique du Nord.
35. A partir du milieu de 1943, lorsque la guerre a
commencé à évoluer en un sens plus favorable aux Alliés,
Franco s’est montré de plus en plus réceptif aux
pressions des Alliés qui cherchaient à obtenir la
neutralité de l’Espagne. Franco, pourtant, a continué à
exporter des matières premières vers l’Allemagne et n’a
abandonné l’espoir d’une victoire allemande que lorsque
la défaite est devenue certaine, en 1944.
36. En évitant l’engagement direct de l’Espagne dans la
Seconde Guerre mondiale, Franco a épargné à l’Espagne
les nombreuses morts et destructions dont ont souffert
la plupart des pays d’Europe. Cependant, les relations
entretenues par Franco avec les régimes fascistes, ainsi
que le caractère antidémocratique du régime franquiste,
ont contribué à isoler l’Espagne des autres pays
d’Europe de l’Ouest pendant la période d’après-guerre.
37. Considérée comme un paria par la communauté
internationale, l’Espagne franquiste s’est trouvée
pendant les années suivantes politiquement et
économiquement isolée.
38. Franco a résisté aux pressions tant intérieures
qu’extérieures en faveur d’une démocratisation de
l’Espagne, principalement parce qu’il était déterminé à
assurer la légitimité de son régime par des moyens
juridiques.
39. Pendant les années 50, les relations entre l’Espagne
et les démocraties occidentales sont entrées dans une
nouvelle phase, ces pays commençant alors à regarder
d’un œil plus favorable le régime pro catholique et
farouchement anticommuniste créé par Franco. Cette
évolution était dictée par la guerre froide et par la
rivalité idéologique et militaire qui opposait les
démocraties occidentales aux pays communistes dirigés
par l’URSS.
40. En 1953, Franco a conclu un traité avec les Etats-Unis,
les Pactes de Madrid, qui donnait aux Etats-Unis accès à
plusieurs bases militaires et navales espagnoles en
échange d’une aide militaire et économique. Cet accord a
fait de l’Espagne un membre important du bloc anti-communiste
en Europe de l’Ouest.
41. En 1955, l’Espagne a été admise formellement au sein
de la communauté internationale lors de son adhésion
officielle aux Nations Unies (ONU).
42. La réintégration progressive de l’Espagne au sein de
la communauté internationale a permis une stabilisation
de la dictature franquiste. Pendant les années 50,
Franco s’est efforcé de consolider le système
autoritaire qu’il présidait depuis la guerre civile en
continuant à s’appuyer sur l’armée, l’Eglise et les
familles de droite exerçant une forte influence
politique.
43. Sa situation au pouvoir en Espagne était alors plus
assurée que jamais mais Franco a maintenu son contrôle
sur la société espagnole en réprimant toute activité en
faveur du régionalisme, de la libéralisation politique
ou du syndicalisme de gauche.
44. A partir de la fin des années 50, cependant,
d’importantes lézardes ont commencé à apparaître dans
l’édifice autoritaire franquiste. Des groupes
d’opposition de plus en plus influents regroupant les
éléments progressistes de l’Eglise catholique, les
organisations d’étudiants et les associations
clandestines de travailleurs ont contesté le régime.
Cette opposition était alimentée en grande partie par la
détérioration de la situation économique. Après des
années de recherche de l’autosuffisance, l’économie
espagnole était au bord de la faillite.
45. Le retournement de la situation économique au milieu
des années 60, en assurant une prospérité croissante aux
partisans du régime dans les classes moyennes, a semblé
donner une nouvelle jeunesse au franquisme. Des
pressions extérieures et intérieures en faveur de la
démocratisation, cependant, continuaient à s’exercer sur
l’Espagne. Pour répondre à ces pressions, Franco a fait
adopter en 1967 une loi organique réduisant ses pouvoirs
et ses fonctions, ainsi que ceux de son successeur.
46. Franco, cependant, conservait un droit de veto
absolu, c’est-à-dire qu’il pouvait bloquer toute réforme
susceptible de remettre en cause son autorité.
47. La loi de 1967, par conséquent, n’introduisait que
des changements superficiels qui avaient pour but
d’améliorer l’image de l’Espagne à l’étranger et de
donner au peuple espagnol l’impression que l’Espagne
s’engageait sur la voie de la démocratie. La popularité
de Franco, cependant, continuait à baisser en raison de
la lenteur de la modernisation des structures politiques
et sociales du régime.
48. Franco, qui souffrait depuis des années de la
maladie de Parkinson est mort en novembre 1975 en
laissant l’avenir de l’Espagne aux mains du nouveau chef
de l’Etat, le roi Juan Carlos Ier. Bien qu’ayant été
soigneusement préparé à assurer la succession de Franco,
Juan Carlos a pris contact avec des hommes politiques et
des organisations syndicales afin que l’Espagne puisse
s’engager dans une transition relativement sans heurts
vers la démocratie.
49. Le roi Juan Carlos Ier a ensuite commencé à
démanteler les institutions autoritaires du régime de
Franco et a soutenu le renouveau des partis politiques.
Trois ans après la mort de Franco, l’Espagne était
devenue une monarchie constitutionnelle pleinement
démocratique.
4. BILAN DES CRIMES DU REGIME DE FRANCO
50. L’accession de Franco au pouvoir a mis un terme aux
antagonismes politiques et aux troubles sociaux qui ont
agité l’Espagne pendant toute la première partie du 20e
siècle. Franco a aussi contribué à jeter les bases de la
modernisation économique de l’Espagne en engageant le
pays sur la voie de la coopération avec les autres pays
européens.
51. Cependant, le bilan du régime franquiste en matière
de droits de l’homme reste profondément troublant.
Franco n’a pas non seulement exercé des représailles
très dures contre ses opposants mais il a aussi créé un
système politique refusant à la plupart des Espagnols
l’exercice des libertés et droits individuels.
52. Pendant la guerre civile, la répression militaire
avec son cortège d’horreurs, après avoir commencé à
Séville et dans l’ouest de l’Andalousie en 1936, s’est
progressivement étendue au reste de l’Espagne, au fur et
à mesure de l’avancée des troupes franquistes.
53. Le nombre total des victimes reste controversé : on
estime généralement entre 500.000 et 1 million le nombre
de personnes qui ont été tuées. Un grand nombre d’entre
elles, cependant, ont été tuées non pas au cours des
combats militaires mais lors de brutales exécutions de
masse perpétrées des deux côtés.
54. Au début de la guerre, plus de 50.000 personnes qui
se trouvaient du « mauvais côté » de la ligne de front
ont été assassinées ou sommairement exécutées. Les
chiffres sont probablement comparables des deux côtés de
la ligne de front. Les victimes ont été tirées de leur
refuge ou de leur lieu de détention. La plus célèbre
d’entre elles est sans doute le poète et dramaturge
Federico Garcia Lorca.
55. La guerre civile espagnole a été une guerre totale.
Le bombardement de la ville basque de Guernica par la
légion Condor, thème d’une toile célèbre de Picasso, a
anticipé les moments les plus noirs de la Seconde Guerre
mondiale.
56. Au cours de cette guerre, les femmes ont été
soumises à des traitements particulièrement cruels au
nom de l’idée franquiste des représailles : viol,
confiscation des biens et exécution en représailles de
l’engagement de leur fils ou de leur mari.
57. Immédiatement après la fin des combats militaires,
le régime franquiste a imposé la loi martiale dans toute
l’Espagne. L’un des aspects principaux du nouveau régime
était le système de justice militaire expéditive mis en
place pour juger ses « opposants », ce terme couvrant
toute personne ayant servi volontairement dans l’armée
républicaine ou toute personne ayant exprimé son soutien
pour la République. En faisant juger par des tribunaux
militaires jusqu’en 1962 (et même plus tard dans
certains cas) tout individu considéré comme un opposant
politique, le régime franquiste privait en fait les
défendeurs de toute garantie sérieuse et de leur droit à
un représentant légal.
58. Les procès de détenus politiques aboutissaient très
souvent à la peine capitale (extrêmement fréquente
pendant les années 40) ou à des peines d’emprisonnement
de 20 à 30 ans pour le seul « crime » d’être républicain.
59. Pendant les années 40, en outre, de nombreux détenus
politiques n’ont jamais été présentés devant un
quelconque tribunal. Des milliers de personnes ont été
maintenues pendant des années en détention
administrative, sans aucun contrôle judiciaire. Les
chiffres officiels du régime franquiste, qui sont
certainement inférieurs à la réalité, font état de
62.000 personnes en détention administrative pendant les
années 1940-41.
60. Pendant les années 40, les détenus politiques
étaient extrêmement nombreux en Espagne. Selon les
chiffres officiels, que les historiens considèrent
généralement comme sous-évalués, pendant la première
moitié de la décennie, ils étaient 300.000 sur une
population de 25,9 millions. Par comparaison, en janvier
1936, avant la guerre civile, la population carcérale de
l’Espagne était de 34.526 personnes. Le taux de
détention de l’Espagne (nombre de détenus pour 100.000
habitants) était en 1940 presque aussi élevé que celui
de l’Allemagne nazie (respectivement 1.158 et 1.614).
61. Les arrestations arbitraires et les terribles
conditions de détention auxquelles étaient soumis les
détenus, qui étaient exposés de manière systématique à
la faim, au surpeuplement et aux épidémies, constituent
des violations flagrantes des droits de l’homme.
62. Les brutalités de la police et le recours
systématique à la torture étaient la norme ; ces
pratiques étaient le produit d’un climat d’impunité et
de politiques délibérées. Les femmes détenues dans les
commissariats de police étaient fréquemment soumises à
des violences sexuelles et à des mauvais traitements
physiques et psychologiques. Des techniques de contrôle
physique et psychologique et de « surveillance morale »
ont alors été spécialement conçues pour briser le moral
des détenus et pour instaurer de nouvelles relations de
dépendance à l’égard du régime et de l’ordre social mis
en place par celui-ci.
63. Le recours systématique à la torture explique le
nombre élevé de suicides en prison. Il n’était pas rare
que les autorités réagissent par l’exécution d’un membre
de la famille du détenu.
64. En 1944, un porte-parole du ministère de la justice
franquiste a reconnu que plus de 190.000 détenus avaient
été exécutés ou étaient morts en prison. Les fosses
communes témoignent de la façon la plus terrible des
moyens utilisés par Franco pour établir son pouvoir.
65. Des psychiatres militaires ont effectué des
expériences sur les prisonniers pour identifier les «
gènes rouges ». En 1938, certains membres des Brigades
internationales ont été soumis à des tests physiques et
psychologiques bizarres ; il s’agissait de l’une des
premières tentatives systématiques de mettre la
psychiatrie au service d’une idéologie. Des
documents publiés récemment montrent le projet conçu par
le psychiatre en chef de Franco, le docteur Antonio
Vallejo Nagera, pour identifier le « bio psychisme du
fanatisme marxiste ».
66. Les terribles conditions de détention dans les
prisons franquistes commencent aujourd’hui seulement à
être connues grâce au témoignage des prisonniers.
67. Le régime franquiste a aussi créé des camps de
concentration et des bataillons de travail forcé où des
milliers de personnes, parmi lesquelles des femmes et
des enfants, ont été « rééduquées ». Les détenus
républicains étaient soumis à des conditions d’esclavage.
Vingt mille prisonniers ont construit de leurs mains, en
la taillant dans la roche, la basilique de la Valle de
los Caidos (vallée de ceux qui sont tombés pour la
patrie), le monument édifié par Franco pour célébrer sa
victoire dans la guerre civile. Des bataillons du
travail composés de prisonniers républicains ont été
contraints au travail forcé dans les mines, pour la
construction de lignes de chemin de fer ou la
reconstruction des « regiones devastadas ». Ils étaient
aussi utilisés par l’armée et loués à des entreprises
privées.
68. En 1953, la Commission internationale contre le
régime concentrationnaire a publié un rapport réalisé à
la suite de visites dans quelques prisons et camps de
travail d’Espagne, ainsi que sur la base d’entretiens
avec des prisonniers politiques. Les conclusions de ce
rapport, qui décrivent les mauvais traitements physiques
et psychologiques auxquels étaient systématiquement
soumis les prisonniers, ont été corroborées et largement
développées par les études historiques récentes ; de
nombreux témoignages de prisonniers politiques, hommes
ou femmes, décrivent aussi en détail les mauvais
traitements subis lors de leur détention.
69. Afin de réduire le surpeuplement extrême des prisons,
certains détenus ont été libérés avant la fin de leur
peine. Leur exclusion politique et sociale n’était pas
pour autant terminée : ils étaient envoyés dans des
camps de travail ou placés sous un régime disciplinaire
de « liberté provisoire ». Ceci voulait dire en général
qu’ils étaient contraints de
vivre loin de chez eux, souvent dans un lieu choisi par
le régime où ils étaient soumis à la surveillance de la
police locale. Les personnes en régime de liberté
conditionnelle ne pouvaient occuper qu’un emploi manuel
et il leur était même difficile de trouver ce type
d’emploi. La liberté provisoire constituait donc, en
tant que telle, un régime extrêmement punitif qui
rendait les personnes qui y étaient soumises
particulièrement vulnérables à l’exploitation en les
confinant aux marges du marché du travail.
70. L’emprisonnement, la torture et les exécutions
n’étaient pas les seules violences infligées aux vaincus
; à celles-ci, en effet, s’ajoutaient l’humiliation
psychologique et l’exploitation économique. Tous ceux
qui avaient soutenu la République étaient présentés
comme dangereux et qualifiés d’« ennemis de l’Espagne
». Exclus de la nation, ils étaient considérés comme
privés de droits.
71. La législation franquiste privait les membres des
professions spécialisées considérés comme républicains
de leurs biens et de l’accès aux emplois publics. Leurs
enfants ne pouvaient accéder à l’université.
72. Les « enfants perdus » font aussi partie des
victimes du franquisme : il s’agit des enfants en bas
âge de mères emprisonnées, dont le nom a été modifié
afin de permettre leur adoption par des familles
favorables au régime.
73. Plusieurs milliers d’enfants d’ouvriers ont aussi
été envoyés dans des institutions d’Etat parce que le
régime considérait leur famille républicaine « inapte »
à les élever.
74. Des enfants réfugiés ont aussi été enlevés en France
par le service extérieur de « rapatriement » du régime
et placés ensuite dans des institutions d’Etat
franquistes.
75. Le régime franquiste invoquait la « protection des
mineurs » mais l’idée qu’il se faisait de cette
protection ne se distinguait pas d’un régime punitif.
Les enfants devaient expier activement les « péchés de
leur père » et on leur répétait souvent qu’ils étaient,
eux aussi, irrécupérables. Ils étaient fréquemment
maintenus à l’écart des autres catégories d’enfants
détenus dans les institutions d’Etat et soumis à des
mauvais traitements physiques et psychologiques.
76. Pour parvenir à ses buts, la répression exercée par
le régime franquiste reposait en grande partie sur la
complicité et le soutien des « espagnols ordinaires ».
Des dizaines de milliers de personnes ont répondu aux
exhortations du régime par conviction politique, en
raison de éjugés sociaux, par opportunisme ou simplement
par peur. Ils ont dénoncé des voisins, des connaissances
ou même des membres de leur famille ; point n’était
besoin de corroborer les accusations car aucune preuve
n’était exigée.
77. L’Eglise catholique d’Espagne, étroitement liée au
régime, a participé à la persécution des vaincus, les
prêtres dénonçant leurs paroissiens républicains aux
tribunaux d’Etat. Elle a aussi joué un rôle très
important en fournissant le personnel de nombreux
établissements pénitentiaires, les plus tristement
célèbres étant les prisons pour femmes et les maisons de
correction pour jeunes dont les anciens détenus ont
publiquement dénoncé les mauvais traitements physiques
et psychologiques qu’ils y ont subis de la part du
personnel religieux.
5. LE DEMANTELEMENT DU REGIME FRANQUISTE
78. En 1965 a commencé un processus de destruction des
archives. Le gouvernement espagnol n’a commencé à
prendre des mesures tardives, hésitantes mêmes, pour
protéger les archives du pays qu’en 1985, dix ans après
la mort de Franco. Les documents détruits pendant ces
vingt années cruciales comprennent notamment les
archives du parti unique phalangiste et, en particulier,
les dossiers individuels de centaines de milliers de
membres. Les archives des préfectures de police des
provinces, des prisons et des principales autorités du
régime franquiste au niveau local, les gouverneurs
civils, ont aussi disparu.
79. Des convois de camions ont emporté les archives «
judiciaires » de la répression. La destruction des
archives a été délibérée mais on connaît aussi des cas
de destruction « involontaire », certains conseils
municipaux ayant vendu leurs archives au poids pour
recycler le papier. Malgré les pertes de ces vingt
années cruciales, il reste suffisamment de documents
pour permettre de reconstruire le passé.
80. Les élites franquistes ont accepté la transition et
le retour à la démocratie en échange d’une amnistie
politique de fait, reposant sur un « pacte du silence ».
Personne ne serait appelé à rendre des comptes devant la
justice et il ne serait pas créé de Commission « Vérité
et réconciliation .
81. Les années 80 ont vu en Espagne une explosion de
travaux d’enquête détaillée cherchant à reconstruire
l’histoire de la répression province par province. A la
fin des années 90, 60% environ des provinces étaient
plus ou moins couvertes par des études de ce type. Ces
recherches historiques, qui se poursuivent aujourd’hui,
constituent un travail nécessaire de remémoration de la
guerre civile et de son long épilogue.
82. Le travail des historiens est absolument essentiel
pour que soient publiquement pris en compte l’ensemble
des témoignages qui ne pouvaient apparaître sous la
dictature, non plus que dans les conditions très
particulières et précaires de la transition vers la
démocratie, à la fin des années 70.
83. On assiste depuis quelques années à une véritable
explosion de la mémoire républicaine avec la création de
groupes de pression civils, tout particulièrement
l’Association pour la récupération de la mémoire
historique (ARMH).
84. Cette association a demandé que soient exhumés des
fosses communes les restes des victimes des meurtres
extrajudiciaires perpétrés par les troupes franquistes,
afin que celles-ci puissent être identifiées et
enterrées par leur famille et leurs amis.
85. Récemment, une première victime espagnole du régime
franquiste a pu être identifiée à l’aide de tests
génétiques. L’exhumation avait eu lieu en octobre 2000.
86. Depuis 2000, l’association a exhumé les restes de
plus de 100 personnes. De nombreuses autres exhumations
sont prévues à la demande des familles de disparus, dont
le nombre est estimé à 30.000 environ, mais sont
retardées par manque de moyens. L’ARMH s’est appuyée
jusqu’ici sur le travail de volontaires et sur les
contributions des familles. Certaines autorités locales
ont apporté une aide mais cette aide est restée
discrétionnaire ; le gouvernement central n’a encore
apporté aucun soutien financier.
87. Les personnes ayant survécu aux bataillons de
travail forcé, qui veulent que soit reconnu publiquement,
avant leur mort, les traitements qu’elles ont subis, se
heurtent aussi à certaines difficultés.
88. Bien que certains prisonniers politiques du
franquisme aient formellement la possibilité d’obtenir
une indemnisation financière au titre de la législation
adoptée en 1990-92 par le gouvernement social-démocrate,
le Partido Popular (PP) conservateur au pouvoir de mars
1996 à mars 2004 a bloqué ce processus en renvoyant la
question de l’indemnisation devant les gouvernements
régionaux de l’Espagne, où les représentants du PP
continuent à s’opposer aux initiatives en ce sens.
89. Il est peu probable, cependant, que les
considérations financières constituent ici le principal
obstacle car le nombre de prisonniers politiques de
longue durée et de personnes contraintes au travail
forcé est aujourd’hui relativement peu élevé.
90. En 2001, le parlement espagnol s’est engagé à
effacer le casier judiciaire des homosexuels internés
sous le régime franquiste et a examiné la possibilité de
leur accorder une indemnisation pour les années de
torture et d’emprisonnement. Pendant la dictature
homophobe du général Franco, des milliers d’homosexuels
ont été emprisonnés, regroupés dans des camps ou
enfermés dans des institutions psychiatriques où
certains d’entre eux ont été soumis à des électrochocs.
Le régime franquiste et ses partisans phalangistes
considéraient l’existence des homosexuels comme
inconciliable avec leur idéal de virilité espagnole.
Bien qu’ayant voté contre un amendement qui aurait
permis l’indemnisation financière automatique des
homosexuels emprisonnés sous le franquisme, le PP a
accepté que la question soit examinée au sein d’une
commission spéciale.
6. CONCLUSIONS
91. Il existe aujourd’hui suffisamment d’éléments
montrant que des violations des droits de l’homme
nombreuses et de grande ampleur ont été commises sous le
régime franquiste. Une véritable prise en compte du
passé ne peut se limiter simplement à l’enlèvement des
symboles de la dictature encore présents dans les lieux
publics. L’évaluation sérieuse du régime franquiste doit
déboucher sur une condamnation sans ambiguïté.
92. Le Rapporteur considère comme nécessaire d’éviter
tout retard indu en ce domaine et recommande aux
autorités espagnoles d’apporter leur soutien moral et
financier aux groupes et associations qui cherchent à
rétablir la mémoire historique des atteintes aux droits
de l’homme perpétrées sous ce régime fasciste.
93. Le Conseil de l’Europe devrait créer une commission
d’experts politiquement indépendante pour recueillir et
évaluer les informations sur les violations des droits
de l’homme commises sous la dictature franquiste.
94. Le Gouvernement espagnol devrait être incité à créer
une commission nationale pour enquêter sur les
violations des droits de l’homme commises sous la
dictature franquiste et à faire rapport au Conseil de
l’Europe de ses conclusions.
95. Les autorités espagnoles devraient permettre aux
historiens et aux chercheurs d’accéder à la totalité des
archives publiques ou privées, civiles ou militaires,
susceptibles de contenir des documents pouvant aider à
établir la vérité sur la répression sous le régime
franquiste, notamment celles de la Fondation Franco
financée par l’Etat, et ouvrir toutes les
archives fascistes encore inaccessibles au public.
96. Le Gouvernement espagnol doit bénéficier de l’entier soutien de la
communauté internationale pour localiser et ouvrir les
fosses communes, dont
le nombre est évalué à plusieurs centaines, où ont été
enterrées dans les
années 30 les victimes des escadrons de la mort
franquistes.
97. Le Gouvernement espagnol doit être incité à créer
une commission d’historiens
pour l’établissement des faits, revoir l’enseignement de
la guerre civile à
l’école et envisager la mise en place dans l’énorme
basilique souterraine de
la Valle de los Caidos à l’extérieur de Madrid, où
Franco est enterré, d’une
exposition permanente montrant comment celle-ci a été
construite par des
prisonniers républicains.
98. Les citoyens espagnols qui ont été victimes du
régime franquiste, ou
leurs descendants et leur famille, doivent être incités
à témoigner devant
les deux commissions.
99. Les institutions espagnoles doivent continuer à
éliminer les monuments,
noms des rues, plaques commémoratives et autres signes
extérieurs qui
rendent hommage à la dictature franquiste, ainsi qu’à
ses défenseurs et aux
principaux auteurs de la répression.
100. Le Rapporteur propose de recommander au Comité des
Ministres du Conseil
de l’Europe d’adopter une déclaration officielle visant
à condamner le
régime franquiste au niveau international et à
promouvoir l’érection d’un ou
de plusieurs monuments à la mémoire des victimes du
franquisme dans la
capitale espagnole et dans d’autres villes importantes
d’Espagne.
***
Commission chargée du rapport : Commission des questions
politiques
Renvoi en commission : Doc. 10078, Renvoi 2926 du
02.03.04
Projet de Recommandation adopté à l’unanimité le
04.10.05
Membres de la commission: Members of the Committee : M.
Abdülkadir Ates
(Président), M. Dick Marty (Vice-Président), M.
Konstantin Kosachev
(Vice-Président) (remplaçant : M. Victor Kolesnikov),
M.. Giuseppe Arzilli,
M. Claudio Azzolini, M. Miroslav Beneš, M. Radu-Mircea
Berceanu, M. Gerardo
Bianco, M. Haakon Blankenborg, M. Giorgi Bokeria, M.s
Beáta Brestenká, M.
Doros Christodoulides, M.s Anna Curdová, M. Noel Davern,
M. Michel
Dreyfus-Schmidt, M. Adri Duivesteijn, Mme Josette
Durrieu, M. Mikko Elo, M.
Joan Albert Farré Santuré, M. Eduardo Ferro Rodrigues,
M. Jean-Charles
Gardetto, M. Charles Goerens, M. Daniel Goulet, M.
Andreas Gross, M.
Klaus-Jürgen Hedrich, M. Jean-Pol Henry, M. Joachim
Hörster, M. Ivan
Ivanovski, M. Tadeusz Iwinski, M. Elmir Jahic
(remplaçant: M. Sead Avdic),
M. Ljubiša Jovaševic, M. Ivan Kalezic, M. Oleksandr
Karpov, M. Oskars
Kastens, M. Petro Koçi, M. Yuriy Kostenko, M.s Darja
Lavtižar-Bebler, M.
Göran Lindblad, M. Younal Loutfi, M. Mikhail Margelov,
M. Frano Matušic, M.
Evagelos Meimarakis, M. Murat Mercan, M. Jean-Claude
Mignon (remplaçant : M.
Denis Badré), M. Marko Mihkelson, Mme Nadezhda
Mikhailova, M. Joao Bosco
Mota Amaral, Mme Natalia Narochnitskaya, M. Zsolt Németh,
Mme Carina Ohlsson
(remplaçant: M. Pär-Axel Sahlberg), M. Boris Oliynyk, M.
Algirdas Paleckis,
M. Theodoros Pangalos, Mme Sólveig Pétursdóttir, M.
Gordon Prentice, M.
Dumitru Prijmireanu, M. Gabino Puche, M. Lluís Maria de
Puig, M. Jeffrey
Pullicino Orlando (remplaçant: M. Leo Brincat), M.
Umberto Ranieri
(remplaçant: Mme Tana de Zulueta), M. Michael Roth, Lord
Russell-Johnston,
M. Jan Rzymelka, M. Peter Schieder, Mme Juana Serna, M.
Adrian Severin, Mme
Hanne Severinsen, M. Samad Seyidov, M. Leonid Slutsky,
M. Michael
Spindelegger, M. Zoltán Szabó, M. Mehmet Tekelioglu,
Lord Tomlinson, M.
Tigran Torosyan, Mme Marianne Tritz (remplaçant: M.
Rudolf Bindig), M. Vagif
Vakilov (remplaçant: M. Azim Mollazade), M. Luc Van den
Brande, M. Varujan
Vosganian, M. Andrzej Wielowieyski, M. David Wilshire,
M. Bart van Winsen,
Mme Renate Wohlwend, M. Marco Zacchera,
Ex-officio: MM. Mátyás Eörsi, Mats Einarsson,
N.B. : Les noms des membres qui ont pris part à la
réunion sont imprimés en
caractères gras
Chef du Secrétariat : M. Perin
Secrétaires de la Commission : Mme Nachilo, M.
Chevtchenko, Mme
Sirtori-Milner
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