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(28/03/00)


  1. HED. Séminaire à Louvain 1

  2. HED. Séminaire à Louvain 2


1. HED. Séminaire à Louvain 1
(28/03/00)

En profitant l'invitation personnelle à Louvain du professeur Paul Servais au coordinateur de L'Histoire en débat, notre séminaire voyage, par première fois en six ans, en dehors de Compostelle pour tenter une expérience de collaboration avec le séminaire Methodos du Département d'histoire de l'UCL.

SÉMINAIRES PRÉSENCIELS

Jeudi, 30 mars
Lieu Département d'histoire de l'Université Louvain-la-Neuve (Belgique)
Heure de 16 à 18 heures
Exposé "L'écriture de l'histoire est-elle finie?"
Rapporteur Carlos Barros (Université de Saint-Jacques de Compostelle)
Vendredi, 31 mars
Lieu Département d'histoire de l'Université Louvain-la-Neuve (Belgique)
Heure de 9 à 13 heures.
Exposé "Interdisciplinarité, histoire, historiographie"
Rapporteur Carlos Barros (Université de Saint-Jacques de Compostelle)
Commentateurs trois invités du Département d'histoire

SÉMINAIRE ON LINE

Comme d'habitude les membres de la liste, et les visiteurs de la Web, peuvent poser de questions sur les thèmes et les résumés qui seront diffusés sur Internet de la part des collègues belges et du professeur Carlos Barros, qui répondra à son retour de Belgique.

Carlos Barros
Université de Saint-Jacques de Compostelle
E-mail: cbarros@retemail.es
Web personnelle: http://personal5.iddeo.es/cbarros


Historia a Debate
E-mailhad@cesga.es
Website <http//www.h-debate.com>
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2. HED. Séminaire à Louvain 2
(28/03/00)

Réflexion départementale sur l'écriture de l'histoire. Louvain-la-Neuve, 21 janvier 2000.
Préparation de la journée de réflexion du 31 mars 2000.

INTERROGATIONS SUR L'ACTE D'ECRITURE DE L'HISTOIRE
Synthèse des questions des participants

Le rêve positiviste d'appréhender le passé tel qu'il fut et de le reconstituer de façon objective par l'écriture ne serait-il qu'un " mythe ", entendu au sens pauvre de croyance erronée. Pour M. de Certeau, " l'historiographie (c'est-à-dire "histoire" et "écriture") porte inscrit dans son nom propre le paradoxe - et quasi l'oxymoron - de la mise en relation de deux termes antinomiques : le réel et le discours " .

Établi grâce aux suggestions de membres du Département d'histoire, le présent document n'affirme rien, il tente d'ouvrir un éventail de questions . Il déborde l'écriture au sens strict (acte d'écrire, transfert sur un support physique, manière d'écrire), qui serait l'ultime étape du discours historique. Ce document se situe à la fois en amont et en aval, dans une perspective plus globale (décision d'écrire, choix du contenu à écrire, expression de ce contenu, communication de ce produit écrit à un public, relations avec le récepteur, influences des facteurs en amont et en aval sur l'écriture).

Les interrogations des " écrivains " d'histoire pourraient s'articuler en deux volets : la thèse de l'écriture impossible (point A) ; l'hypothèse de l'écriture malgré tout, qui est le donné concret, le vécu quotidien des historiens de métier (point B).

A. LA THESE DE L'ECRITURE IMPOSSIBLE

Peut-on prétendre exprimer par l'écrit " la " vérité concernant les façons dont les événements furent vécus par les hommes du passé ?

La vérité des troupes conquérantes n'est pas identique à celle des peuples soumis, même si un accord se fait sur l'écriture d'une chronologie. Il faut souligner la dimension mythique de cette impossible rencontre entre deux libertés : celle vivante de l'historien poursuivant ses propres fantasmes, celle morte et insondable de son interlocuteur du passé. Cette rencontre ne peut prendre corps que dans les incertitudes des approches analogiques.

- S'intéressant à des êtres humains disparus, multiples et doués jadis d'autonomie créatrice, l'histoire est appelée à découvrir des vérités à leur image, c'est-à-dire multiples, aussi peu cohérentes parfois que ne l'étaient les comportements.

- Aucune connaissance scientifique n'est immédiate, elle passe nécessairement par nos catégories mentales, par notre vécu, par nos expériences, par nos affinités, par notre imaginaire et par une expression qui fige.

Toute pensée est artisanale, expérimentale, même la pensée à l'œuvre dans les sciences dites " dures ", qui intègrent leurs acquis dans des modèles explicatifs, constructions utiles en leurs temps, qui devraient être éphémères, mais qui pétrifient souvent une intuition dans une construction graphique ou des formules verbales.

- La connaissance du passé et l'écriture de l'histoire passent par l'interprétation et la subjectivité de l'historien lui-même. Le choix d'un secteur à explorer dépend des affinités ou des fantasmes du chercheur. Par ailleurs, un phénomène peut être abordé sous des angles multiples ; le point de vue même auquel l'historien se place n'est pas innocent. Quant à la synthèse aboutissant à l'écriture, elle est une sélection parmi les éléments recueillis et un assemblage d'un certain nombre d'entre eux qui contribueront à donner sens au tableau. Dans l'acte même d'écrire, histoire et historien sont inextricablement unis.
On peut se demander avec M. Blondel si l'homme peut rien découvrir qu'il n'ait désiré trouver. Pour P. Ricœur, l'histoire peut être considérée comme " avènement " d'un sens. La dimension mythique est partie prenante dans ces tentatives d'accéder à la signification du présent en s'interrogeant sur le passé. Cette démarche est tributaire des mythes qui parcourent les sociétés actuelles, alimentent leur imaginaire, donnent consistance aux recherches de sens qui les travaillent. Le mythe n'est pas à l'intérieur même de nos esprits et de notre connaissance, il conditionne notre pensée, notre écriture, notre façon d'appréhender le monde.

Pour tenter de mesurer la dimension mythique de l'acte même d'écrire l'histoire, il serait utile de raisonner à partir de cas manifestant la succession des modèles chez les historiens savants ou des relectures successives d'événements (la Révolution) ou de grandes périodes de l'histoire (l'antiquité ou le moyen âge) en liaison avec les idéologies et les fantasmes individuels.
Est-ce au nom de cette thèse de l'impossibilité que certains refusent d'écrire ou de livrer leurs écrits au public ? Quelles sont les autres raisons qui justifient certains refus de publier (peur de la réception, raisons éthiques, peur de divulguer des choses qui ne devraient pas l'être) ?

B. L'HYPOTHESE DE L'ECRITURE MALGRE TOUT

Les doutes sur la possibilité de la rencontre avec les hommes du passé et d'une reconstruction pertinente de cette rencontre par le biais de l'écriture n'empêchent pas les historiens (dont nous-mêmes) de se livrer quotidiennement à l'exercice. L'histoire est une pratique : tout autant que de la science, elle relève de la poétique (tecnh poihtikh).
Si, de toute façon, on est amené à écrire l'histoire malgré tout, la question préalable serait : est-il légitime, pertinent ou simplement utile de s'intéresser à cette problématique ?

1. Le schéma de la communication. - Écrire c'est communiquer, même si le public des destinataires est limité. Le schéma de la communication construit jadis par Lasswell nous aide à ordonner nos questions (Qui ? dit quoi ? à qui ? par quel canal ? dans quel but ? avec quels effets ? avec quel retour ? ).

- Qui ? Qui écrit l'histoire ? On l'a vu plus haut, l'écriture de l'histoire passe par l'interprétation et la subjectivité de l'historien lui-même (point A). De quelle manière les options prises par le sujet historien, soit dans l'acte même de reconstruire le passé, soit dans ses choix de vie, apparaissent-elles dans l'écriture de l'histoire ? L'historien se positionne-t-il ouvertement par rapport à son texte ?

Que dit l'historien de lui-même dans son texte ? Quelle image de lui-même veut-il construire et imposer par son écriture ?
Quels sont les rapports (entre eux et avec l'histoire) des différents types d'écrivains d'histoire : ceux qui sont payés par une institution pour le faire (les mandarins ?) ; ceux qui le font par passion et bénévolement, de surcroît (les historiens du dimanche ?) ; ceux qui cherchent à en faire un métier (historiens indépendants, en fait dépendants des bailleurs de fonds ?) ? Qu'en est-il des " nègres ", situés dans l'ombre d'un ténor ? Quels sont les rapports de propriété à l'œuvre produite dans le cas des mémoires de licence (promoteur et auteur) ?

- Dit quoi ? La connaissance du passé est évidemment l'objet du message. Comment prétendre dire des choses valables sur les hommes du passé ? Comment cette connaissance est-elle obtenue ? Nos possibilités d'alimentation de plus en plus abondantes vont-elles dévaloriser dans les faits le dépouillement patient et critique des sources ?

De quelle manière les diverses interventions qui ont conduit à la création du discours historique apparaissent-elles dans l'énoncé, le style ou la structure de ce discours ? Quel type d'histoire communique-t-on par quel type d'écriture ? Quelles sont les conditions dites scientifiques de l'écrit historique ? Comment l'historien sélectionne-t-il et organise-t-il les traces du passé. Cette sélection n'est-elle pas manipulation ?

- À qui ? À quel public s'adresse-t-on ? Les spécialistes ? Les juges officiels (promoteurs, jurys, autorités académiques) ? Le grand public ? La communauté enseignants-enseignés ? Les pouvoirs subsidiant la recherche (attribution éventuelle de points à tel ou tel type de produit) ? Le désir de montrer un produit fini et de le faire apprécier influe-t-il sur sa confection ? Quelle est la légitimité de la prise en considération du public dans le choix d'une forme de discours historique ?

L'inflation vertigineuse de la production diminue forcément le nombre de lecteurs de chaque écrit. L'historien-Narcisse en arrive-t-il à n'écrire que pour lui-même ? Pour lire dans la critique de deux ou trois spécialistes pointus l'admiration d'un petit cénacle de pairs ?

- Par quel canal ? L'histoire fut d'abord un récit. Le narratif se retrouve dans toutes les cultures humaines repérées (contes, mythes, textes fondateurs des religions).

Quel est le rapport entre récit d'histoire et fiction ? Paul Veyne : " La différence entre fiction et histoire est une matière de convention, celle entre leurs méthodes respectives une matière de degré ". Comme l'auteur de fiction, l'historien met en avant des personnages et des événements, choisit un agencement, puise dans l'outillage de la langue ce qui semble le plus adapté au sujet traité. Ce sont des considérations narratives qui président à l'élaboration d'un ouvrage historique. En français, c'est le même mot qui désigne les contes enfantins et l'histoire scientifique.

Le récit historien a évolué vers la monographie savante avec sa critique et son apparat. L'histoire s'est-elle constituée en genre littéraire ?

Dans ce genre, quel est le rôle de la note infrapaginale : indispensable dans les monographies ; ornement pour les initiés ; code pour rendre l'écrit acceptable pour les spécialistes ; repoussoir du grand public ? N'aboutit-on pas parfois à une perversion du système : les notes peuvent occuper plus de place que le texte et obliger à une double lecture ?

L'histoire passe aussi par le roman : roman de pure fiction, fantaisie dans un cadre ancien ; roman ambitionnant de restituer fidèlement une action dans son contexte historique, de rendre chair et vie aux personnages par le biais du récit.
L'écriture passe également par les livres pour le grand public ou les manuels scolaires, les outils pédagogiques divers. Depuis peu, elle passe par la bande dessinée, se grave sur des CD Rom ou entre dans les réseaux de communication (informations sur Internet ou débats).

L'historien a-t-il le choix d'opter pour l'un ou l'autre de ces genres littéraires ? Le choix d'un genre est-il lié au choix d'un public? Quelle relation unit le processus de construction du discours historien et son expression ? Les options quant aux sources étudiées, à la problématique et aux méthodes influencent-elles le choix d'un genre ou d'un style ? Réciproquement, le choix d'un genre influence-t-il la démarche historienne ?

Outre la question du genre littéraire, est ici posée la question du style. Comment écrire : relation sèche ; recherche de l'expression littéraire ? Est-il possible de penser en nuances lorsque l'expression est rude et le vocabulaire pauvre ? Comment fond et forme se contraignent-ils réciproquement ?

Matériellement, qui prend encore sa plume pour écrire ? L'écriture informatique avec sa gestuelle nouvelle, avec ses copier-coller, influe-t-elle sur l'expression ? Elle influence incontestablement l'édition (remise par les auteurs d'un texte camera ready ; inflation de la production). Demain, le livre sera-t-il encore le support privilégié de l'information historienne ?
- Dans quel but ? Pourquoi écrit-on l'histoire ? Pourquoi réactive-t-on la mémoire ? Apologie du prince, de l'État, de la religion dominante, d'un régime, d'un type de société. Faire progresser nos connaissances sur l'humanité ? Avec l'histoire critique, recherche du vrai, mais quel vrai ? L'écriture ne camoufle-t-elle pas les idéologies de l'auteur derrière une façade d'objectivité positiviste ? Faut-il chercher le vrai pour lui-même ou bien l'écrit historien doit-il servir de matériau de réflexion à l'homme vivant ?

On pressent ici l'enjeu du débat : à quoi " sert " l'histoire ? Quel intérêt peut avoir la société, qui paie actuellement la recherche historienne (universités, fonds de recherche, firmes), dans cette entreprise d'écriture de l'histoire ?

- Avec quels effets ? Quels sont les effets réels de l'écrit d'histoire : promotion de l'auteur (un titre dans la bibliographie) ; répercussion dans les manuels scolaires ; répercussion dans les médias. Apprentissage de la critique historique des jeunes générations et formation à la critique tout court. Effets économiques : vente du livre. Effets sociétaux : amener par la publication des matériaux pour les débats d'idées.

Par ailleurs, qu'est-ce qui fait le succès d'une publication d'historien ? La scientificité du raisonnement ? La problématique attrayante ? La langue simple ou chatoyante ?

- Avec quel retour sur l'émetteur ? Effets de feed-back. Sensible à la critique de ses pairs, l'historien professionnel l'est-il à la critique du grand public ? L'historien modifie-t-il ses programmes, son style, en fonction des succès et échecs éditoriaux ? Comment évaluer le pouvoir dynamique des médias dans la construction de l'image de certains historiens médiatisés ? Les divas font-elles la même histoire qu'avant leur accession à la notoriété ?

Par ailleurs, l'attribution de points par type de publication par les autorités subsidiantes n'a-t-elle pas des effets pervers (recherche de rentabilité rapide en points au détriment de la création d'une œuvre achevée) ?

2. Adjuvants et opposants. - Même chez l'historien le plus solitaire, l'acte d'écriture est favorisé ou entravé par différents facteurs qui agissent tantôt dans un sens tantôt dans l'autre.

- Les modèles. La vocation d'" écrivain " d'histoire peut être suscitée ou réorientée par l'influence d'un maître. Même l'historien chevronné aime se situer dans le sillage d'un de ses maîtres ou d'une école (histoire positiviste, histoire nationale, nouvelle histoire, histoire sérielle, etc. ). Quels sont les critères qui amènent le milieu professionnel des historiens et les étudiants à considérer un ouvrage comme un chef-d'œuvre, un livre " totémique " ? Qu'est-ce qui " fait " un modèle ? Le brillant de l'expression n'est-il pas un facteur déterminant ?

- Les contraintes linguistiques et littéraires : contraintes de la langue sur la pensée. Ce n'est pas équivalent d'écrire en français, en allemand, en espagnol ou en anglais. Les spécificités d'une langue induisent des modes de pensée.

Le genre littéraire choisi a ses contraintes, auxquelles on peut difficilement se soustraire (par ex. structures du récit).

- Les adjuvants financiers et les contraintes. Qui paie le travail de l'historien : la société globalement, les universités, les fonds de recherche, les entreprises ? Quel est l'intérêt des payeurs ? Problème de l'histoire financée par les entreprises. Qu'est-ce que le payeur attend en retour ? Quel type de contrôle exercent ces adjuvants sur l'écriture de l'histoire ? Peut-on livrer au public des recherches dont les résultats n'auraient pas satisfait les commanditaires ?

- Les aides et contraintes du " milieu ". Le milieu peut être ressenti comme porteur, mais il a ses lois qui peuvent être des entraves. Lesquelles ? Peut-on s'y maintenir si on les ignore ? Quel est le bon profil littéraire pour s'y maintenir ? La peur du jugement des pairs induit-elle une autocensure ? Le milieu favorise-t-il l'écriture de l'histoire en isolé ou en équipe ? Le travail d'écriture pluridisciplinaire en équipe n'oblige-t-il pas à raboter tout l'intérêt du point de vue de l'historien ?
Une série d'intermédiaires sont à la fois des juges et des adjuvants (éditeurs, comités de lecture, compte d'auteur, commanditaires, organismes subventionnants ? Public) ? Est-ce la volonté de se soustraire aux juges qui amène la pratique de l'auto-édition ?

- Les contraintes venant du public. Voir supra les questions : À qui ? Avec quels effets ? Avec quel retour sur l'émetteur ?


Jean PIROTTE
Département d'histoire
Université Catholique de Louvain
pirotte@cont.ucl.ac.be

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