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(29/03/00)


  1. HED. Séminaire à Louvain 2

  2. HED. Séminaire à Louvain 3


1. HED. Séminaire à Louvain 2
(29/03/00)

L'ÉCRITURE DE L'HISTOIRE EST-ELLE FINIE?

Heureusement, non.

La production d'articles et livres d'histoire vient d'augmenter spectaculairement au même temps que s'accroît les interrogations et aussi les réponses, practiques plus que théoriques, des historiens professionnels: le public à qui je m'adresse normalement pour parler de la méthode, l'historiographie ou la théorie de l'histoire.

Je préfère parler, donc, de changement de paradigmes (Vers le nouveau paradigme historiographique) au lieu de décadence, ou d'une crise de l'histoire entendue simplement comme décadence disciplinaire.

Nous vivons il y a plus d'une décennie une substitution de paradigmes inachevée et généralement inaperçue, même à l'intérieur des communautés d'historiens.

La chute des grandes paradigmes rénovateurs du XXe siècle (l'école des Annales et le marxisme, sur tout), l'offensive d'autres disciplines sur l'histoire (notamment la philosophie et la littérature), et les contraintes du public lecteur en faveur d'une histoire romancée, ont provoqué une réaction vigoureuse des historiens, plus practique que théorique comme toujours, pour la vieille histoire positiviste et ses sujets.

Ce retour d'anciennes certitudes sur le métier, rarement reconnu mais tout à fait réel, est la réponse d'une part importante des autrefois "nouveaux historiens" à la prétendue identification -posmoderne radical- entre fiction et histoire, c'est-à-dire, "history" comme "story".

Réponse corporative et conservatrice, bien sur, aussi bien moins que la position contraire encore plus conservatrice: le grand retour de l'histoire au roman, aux temps antérieurs à sa constitution comme profession, en somme, au XIXe siècle.
La réaction positiviste des historiens professionnels et les contraintes de la lingüistique et de la littérature dans l'académie, les média, les maisons d'éditions..., peuvent, par ailleurs, faciliter l'avance de notre discipline dans le nouveau siècle, créant les conditions nécessaires pour la synthèse.

A mon avis, pour affronter les défis et aller en avant, il faut essayer les différentes synthèses créatives entre la "vieille" et la "nouvelle" histoires (il y a déjà des exemples dans les champs de l'histoire politique et de la biographie) de façon que le produit final soit diverse des components initiaux et puisse enrichir tant l'histoire, malgré tout narrative, comme la fiction, malgré tout historique.

Je résume alors mes propositions pour le débat et l'action historiographique:

1. Tout ouvrage historique est, de toute façon, narrative. Quand nous écrivons l'histoire nous utilisons toujours des éléments propres du récit en général, mais il faut le reconnaître: de façon plus maladroite que le récit de fiction, en revanche de façon plus réaliste et rigoureuse que le romanciers.

2. Cette narrativité de l'histoire, bien explicite ou implicite, n'empêcherait pas que le récit historique, fruit de la recherche sur les sources, qui peut être explicative, scientifique, engagé avec différentes idéologies... Parce que le récit n'est pas seulement une forme, il fait partie aussi du contenu, du processus de la recherche historique (sur le nouveau consensus des historiens ouvert à tous les genres historiographiques, voir la thèse 8 de L'histoire qui vient, sorte de conclusion du I Congrès HED) qui dépend de l'historien en dernier ressort.

3. Bref, nous avons besoin de mettre en oeuvre une nouvelle histoire narrative, comme ligne de recherche et divulgation, qui profite à la limite les possibilités de différents types de récits, sans renoncer naturellement à la rigueur historique, en explicitant même le point de vue de l'historien comme "narrateur", envisageant le rapport de l'histoire/récit, par conséquence, de manière bien différente à l'histoire traditionnelle, au roman historique et à la déjà vieille nouvelle histoire -mais non tant comme la vieille vielle histoire- qui pratiquait le récit sans le savoir.

La nouvelle histoire narrative peut être une bonne contribution au dépassement de la séparation positiviste objet/sujet, vers la construction du nouveau paradigme historiographique qui remet en rapport les historiens avec la société et le nouveau concept de science avec conscience, d'objet avec sujet.

Carlos Barros
Université de Saint-Jacques de Compostelle
E-mail: cbarros@retemail.es
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Historia a Debate
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2. HED. Séminaire à Louvain 3
(29/03/00)

INTERDISCIPLINARITÉ, HISTOIRE, HISTORIOGRAPHIE

La relation entre l'histoire et les restantes sciences sociales a une histoire qu'il faut tenir en compte si nous voulons continuer à parler, et à pratiquer, de l'interdisciplinarité.

Pouvons-nous expliquer le renouvellement historiographique du XX siècle sans l'alliance avec les sciences sociales émergentes? Bien sur que non.

Concrètement, le rôle des Annales dans la révolution paradigmatique de la nouvelle histoire doit tout aux relations créatives avec la géographie, l'économie, la sociologie, la psychologie...

Cependant, dans les années 80 l'histoire renouvelée se fragmente, et la collaboration avec les sciences sociales va en faveur de cet émiettement.

Depuis une décennie la faiblesse de l'histoire, à cause de la crise de paradigmes, favorise tant l'occupation de son espace par disciplines plus fortes comme la réaction actuelle du "tournant positiviste", aussi présent dans certains héritiers institutionnels des Annales.

La continuité nécessaire de l'effort interdisciplinaire et rénovateur des historiens pour éviter la dite fuite en arrière, et pour récupérer le rôle de l'histoire dans le système scientifique et dans la société civil, passe, a mon avis, par faire 1) échanges plus égalitaires avec les sciences sociales; 2) plus de collaboration entre les mêmes disciplines historiques; 3) nouvelles alliances avec les sciences humaines ou humanités, tout d'abord avec la littérature; 4) dialogue aussi avec les sciences de la nature pour mettre à jour notre concept de science et d'histoire de la science, ces deux concepts encore tributaire du XIX siècle.

Carlos Barros
Université de Saint-Jacques de Compostelle
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